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C’était jeudi soir, New York. Après un restau thai à Chelsea, on avais pris un métro vers le Village et poussé les portes d’un club de blues. Le Terra Blues, dans Bleeker Street, à quelques blocs de Washington Square. Au premier étage d'un immeuble de briques, John Nemeth et son quartet venait de s’emparer de la scène pour trois sets d’un blues palpitant et enivrant.
Les journaux prétendait que l’homme a été cryogénisé durant les Sixties – puis passé au micro-onde quelques minutes avant le début du concert. Le borsalino a du faire office de couvercle alors, rien n’a débordé, rien n’a explosé. Le blues était encore intact. L’homme n’avait pas explosé, mais il était maintenant brûlant, et sur le point d’enflammer l’audience. Le bluesman à chapeau n’a pas seulement enflammé le public, il l’a – il nous a – agrippé par le col pus traîné dans la poussière de la Route 61 alors qu’il lançait sa Buick Roadmaster dans d’incessantes chevauchées entre la soul Motown de Detroit et le blues électrique de Memphis. Une furieuse épopée, soutenue par un clavier tantôt en flammes, tantôt en gouttes d’eau et un jeu de guitare swinging-sliding, conduite par un John Nemeth à la voix caméléon. Homme? Femme? Noir? Blanc? La voix qui a inondé le Terra Blues cette nuit-la était celle d’un homme-orchestre, moissonnant les octaves et embrassant une nouvelle personnalité à chaque nouveau morceau. Des cordes vocales olympiques pulsant une voix schizophrénique, pour couvrir dans sa géniale immensité l’arc-en-ciel qui s’étire de 1960 à 1969. D’un bout à l’autre, un trésor. Non, un Trésor ! La formule souffle-rauque-sur-guitare-slide d’un Buddy Guy transportant le Delta dans la nuit de Chicago. Les trémolos éraillés d’une Janis Joplin raclant le final de “Summertime” dans un dernier sifflement. Le velouté chaud et moite d’un Sly Stone menant toute sa Family au combat au rythme des tambours de la jungle.
Un décennie de blues et de soul, de rock et de funk, portée au firmament de la musique live par un seul et même jeu de cordes vocales ! Le canard avait raison; les Sixties, hell yeah !
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