Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /Déc /2009 16:39

“- […] Et nous passons maintenant au dernier bulletin du Service Intercontinental d’Information. Un gigantesque objet s’est ecrase en flammes a 20h50 sur une ferme du New Jersey dans les environs de Grover’s Mill. Selon toute vraisemblance, il s’agit d’une meteorite. Nous avons immediatement envoye un vehicule de reportage sur les lieux, vehicule dans lequel se trouve Carl Philipps qui devrait bientot etre en mesure de nous commenter ces evenements. Mais tout de suite, on retrouve l’orchestre de Bobby Millette en direct de l’hotel Astor au coeur de Brooklyn! [musique]

- Et maintenant, Carl Philipps, en direct de Grover’s Mill dans le New Jersey.

- Et bien oui, le professeur Pierson et moi-meme venons d’arriver dans le New Jersey au domaine agricole de Wilmuth Farm. Nous ne possedons pas encore d’informations precises mais nous voyons quelque chose… Un gigantesque objet est a moitie enfoui dans le sol, le choc a du etre terrible… Et une chose est certaine; il ne s’agit pas d’une meteorite mais bien plutot d’un enorme cylindre… [...]”

Le 30 octobre 1938, l’encore inconnu - et encore jeune - Orson Welles adapte le roman d’H.G. Wells “La Guerre des Mondes” sur les ondes de CBS. Il transpose l’attaque martienne, visant originellement Londres et sa banlieue, dans la campagne du New Jersey. L’Amerique entiere est terrorisee.

 

Saviez-vous que le lieu-dit Grover’s Mill est situe a deux pas du lotissement ou j'habite? Dans un parc arbore, une plaque commemore l'evenement et rappelle aux passants le sacrifice de milliers de valeureux soldats americains tombes au combat pour repousser l'attaque venue de l'espace. Non, je rigole! Mais la plaque, elle, est bien reelle.


La soiree d'Halloween 1938 sur CBS, en francais.
http://milsabor.blogspot.com/2007/03/orson-welles-la-guerre-des-mondes-en.html
Ou en anglais.
http://www.archive.org/details/OrsonWellesMrBruns

Par Clém
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 17:55

C’est tres joli vu du ciel. Depuis Google Earth. Une mosaique de routes, de toits et de pelouses. Un crop circle dans un champ de ble. Une toile d’araignee sur laquelle gambade une myriade de pavillons. Un mandala geant trace dans la campagne. Mais zoomez, approchez vous. Posez–vous sur le trottoir...

Vous vous retrouverez prisonnier d’un inextricable labyrinthe. Ni Ariane, ni Map Quest, ni Global Positioning System. Vous etes seul, et loin de vos precieux amis. Seul, au beau milieu d’un lotissement americain. Ils appellent ca un development, cette fleur de macadam poussee sur la grand’ route. Le plan est assez similaire a une arete de poisson. De la rue principale partent prependiculairement les rues secondaires, toutes des impasses - pour gagner des parcelles et construire plus de maisons et… Entre chacune de ces arêtes l’Homme a pose des maisons. Toutes semblables. Neutres. Classiques. Et jouant toutes sur la corde “nostalgie de l’epoque coloniale”. Exactement le genre de maison que vous trouveriez normal de voir entouree de champs de mais, en Virginie, en 1750, et assortie de tous ses clichés; le perron, le rocking chair, le grand-pere, la pipe fumante… Tout ca, quoi. Le reve americain est bien sur livre avec sa pelouse immaculee, une vaste etendue de gazon entretenue regulierement par une escouade de jardiniers et paysagistes. Le reve ne serait pas complet sans l’inamovible panier de basket, le sempiternel garage a ouverture electrique ET la traditionelle boite aux lettres avec indicateur de passage du facteur. Charmant, convenez-en.


Ce copie-colle repete a l’infini s’avere a la longue un brin tristounet. Une derangeante tranquillite baigne ce lotissement fantome. Chaque maison semble juste trop propre. Trop neuve. Et chaque pelouse, trop bien entretenue. Une mortelle uniformite a anihile toute forme de spontaniete, d’originalite et de creativite. Ici, les enfants ne chahutent pas dans le jardin, les chiens ne chient pas sur le trottoirs, les gens restent chez eux.

Je me rappelle maintenant un cours de geographie de Mme. Grandmontagne. L’annee derniere ou encore l’annee d’avant. Un cours sur l’aire culturelle islamo-maghrébine. Maison traditionelle maghrebine tournee vers l’interieur, repliee sur elle-meme, ouvertures donnant toutes sur la cour centrale. L’habitat pavillonnaire americain est en ce point semblable. En depit de larges fenetres, le resident du pavillon XVIIIe siecle est plus tourne vers son salon moquette et sa cuisine toute equipee que vers la rue. Ou ses voisins.

Je me demande si la grande invasion de soucoupes volantes de 1938 y est pour quelque chose dans cette conception aseptisee du reve americain.

Par Clém
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 17:41

Je me souviens encore de la premiere fois. Au terme d’un periple odysseen (desole, mais Homere n’est jamais reste trente heures et quarante-cinq minutes assis dans un bus…), la delegation internationale dont je faisais partie etait entrée dans la grande ville. Le vent glacial de mars s’engouffrait dans les avenues, Central Park s'ouvrait delicatement aux premices du printemps et Times Square brillait de mille feux, a midi comme a minuit. Un reve eveille.


Mais la seconde fois que mes yeux se sont poses sur les immeubles de Manhattan, j’etais entoure de nounous. L’Aupair Academy avait organise une visite de New York. En bus. Avec un guide. Et des etapes minutees. Le tour a dure deux heures, montre en main: Rockfeller Center – Times Square – Ground Zero – Statue de la Liberte – basta, retour a l’hotel. Decevant. Personne, non personne ne torche cul-sec une bouteille de Dom Perignon millesimee directement au goulot. Non. Pareil pour New York. Respectez. Ne gachez rien. Savourez.


Par chance, la troisieme fois a rattrape la deuxieme avec brio. Chaque annee pour Thanksgiving, l’enseigne Macy’s parade dans les rues de la ville sous une avalanche de ballons multicolores tandis que des personnages de cartoons flottent dans les airs au-dessus de badauds et pendant qu’une musique de fanfare enveloppe la ville en une sarabande sans fin. Le New Jersey, c’est pas New York; mais pas loin. Apres une heure de train, je posais donc le pied sur le quai de Pennsylvania Station, 7eme avenue et 34eme rue, bien decide a braver la foule pour avoir une chance de voir Spiderman et Mickey sous helium. Mais en vain. Les familles, les enfants et les escabeaux ont raison de moi. J’apercois tout de meme Buzz l’Eclair, Snoopy et un Schtroumpf - et Dora l'Exploratrice aussi - mais aucune nouvelle de la Souris fameuse. [Deception] Puis le dessin anime geant a cesse, les enfants sont descendus des echelles, les familles ont libere le pave. J’etais a nouveau libre de flaner au gres du vent et du soleil et d’aller la ou personne ne va. Libre de me perdre. [Soupir d’aisance] Mes yeux et mon imagination courraient devant, je me contentais de les suivre distraitement. [Bonheur] Sans plan ni metro, de Central Park aux rives de l’Hudson, du Madison Square Garden a Hell’s Kitchen, en passant par Battery Park et Grand Central. Lorsque le soleil a fini par repousser les nuages, il etait deja temps de rentrer a la maison. Le soir-meme, c’etait fete. Dans la liesse, on devorait une dinde pour commemorer les Indiens massacres.

Ma tete se baladant toute seule, ca a laisse mes mains libres de prendre quelques photos...
http://picasaweb.google.com/Thekisarealright/ThekidsarealrightNewYorkCity?feat=directlink 

Par Clém
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 20:41
J'etais justement  en train de me perdre. Au milieu d'une avenue. Accroupi sur le passage pieton, les yeux rives dans le viseur de l'appareil, je retenais mon souffle...

CLEMENT: ...
CANON IXUS 750: Clic-clac!
POLICIER: Hey! No suicide mission here young man! You don't want any suicide mission, right?
CLEMENT: Right...


"Si la photo n'est pas bonne, c'est que tu n'es pas assez pres" disait Robert Capa. Le NYPD ignore visiblement tout de Capa.

De toute facon, le feux etait au rouge!
Par Clém
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Jeudi 17 décembre 2009 4 17 /12 /Déc /2009 17:05

Un jeudi de decembre. Running shoes aux pieds, j’etais parti pour mes 3 miles quotidiens. Le soleil du matin luisait timidement dans les flaques d’eau gelees, les brins d’herbe blancs de givre crissaient sous mes pas. Le ciel etait sans nuage et bleu. Bleu froid. En sortant du lotissement, j’avais pris a droite le long de Cranbury Road, puis encore a droite. Une route defoncee longeait un champs et s’enfoncait vers une foret de chenes sans feuilles. Un groupe d’oies sauvages survolait le champs alors que j’avalais la route a petites foulees. Je ne pensais a rien. Juste a ma respiration et a mes pas sur le sol craquele. Et peut etre aussi a un ou deux riffs electriques qui me trottaient dans la tete. Puis une detonation sourde. Et une autre. Le temps de tourner la tete et j’apercois un oiseau s’abattre au milieu du champs. Raide. Mort. Decede. Frappe en plein vol par la decharge de plomb. Euh…

Si je m’attendais a tomber sur un chasseur ici! A proximite d’un champs entoure de pancartes interdisant la chasse. Mais après tout, l’homme n’y est surement pour rien. Il devait nettoyer son fusil et le coup est parti tout seul. L’oiseau s’est juste trouve au mauvais endroit au mauvais moment. La fatalite de la vie. Le pauvre migrateur ne verra pas les plages du Mexique cette annee, c’est tout. Et l’homme continuera a nettoyer son fusil sous le battement d’ailes des oies sauvages. Et j’enfilerai un T-shirt orange des le lendemain matin. Pas de quoi casser trois pattes a un canard.

Le-footing--les-oiseaux-et-la-fatalite-de-la-vie-01.jpg

Par Clém
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